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25 août 2026 Index About

Réunion : quand les réformes de l'ère Philippe ont saigné les budgets des plus pauvres

La visite d'Édouard Philippe à La Réunion ravive le souvenir des coupes sociales qui ont frappé les familles modestes de l'île.

Cinq euros par mois. C'est le montant dont les aides personnalisées au logement ont été réduites dès 2017 pour une partie des ménages modestes. Depuis Paris, la somme est invisible. À La Réunion, où la pauvreté est structurellement plus profonde qu'en métropole et où trouver un logement décent reste une difficulté quotidienne, cinq euros font partie du calcul mensuel de beaucoup de familles. Ce n'est pas une métaphore. C'est une soustraction. Il y a une logique propre aux campagnes présidentielles : on arrive dans un territoire, on parle d'avenir, et on espère que le passé reste poli. À La Réunion, ce calcul rencontre quelques résistances. La visite d'Édouard Philippe sur l'île, le 24 août 2026, dans le cadre de sa campagne pour la présidentielle de 2027, a offert à La Réunion Citoyenne, présidée par Céline Sitouze, l'occasion de rappeler un inventaire que les formats habituels du débat politique ont tendance à escamoter. Non pas une polémique, non pas un refus de dialogue, mais quelque chose de plus simple et de plus inconfortable : une liste de ce qui a changé concrètement pour les Réunionnais entre 2017 et la fin du gouvernement Philippe. L'APL accession a été supprimée, avant que les réalités des territoires ultramarins ne contraignent l'État à maintenir transitoirement le dispositif pour certaines opérations déjà engagées. Ce retour partiel en arrière dit quelque chose sur la manière dont ces décisions avaient été construites au départ : des arbitrages nationaux pensés en termes agrégés, qui n'avaient pas pleinement intégré les contraintes spécifiques de territoires où accéder à la propriété relève déjà d'un effort considérable. Les retraités ont connu un autre régime d'érosion. La hausse de la contribution sociale généralisée, introduite en 2018, a amputé le revenu disponible d'une partie d'entre eux. Le gouvernement a partiellement rectifié le tir sous la pression de la contestation sociale, sans effacer entièrement l'impact pour ceux qui avaient déjà absorbé la mesure. Du côté des travailleurs, les ordonnances Travail ont reconfiguré les règles du jeu : plafonnement des indemnités prud'homales, flexibilité accrue pour les employeurs. La réforme de l'assurance chômage engagée en 2019 a durci les conditions d'accès et de rechargement des droits, dans un territoire où le chômage dépasse durablement les niveaux hexagonaux et où les jeunes portent une part disproportionnée de cette exposition. La réduction des contrats aidés, décidée à partir de 2017, a fragilisé des associations et des collectivités locales qui assurent au quotidien une fonction d'accompagnement que les structures marchandes n'occupent pas. Les Outre-mer ont fini par être désignés territoires prioritaires dans le cadre du dispositif restant, mais là encore, le mouvement a suivi la réalité plutôt qu'il ne l'a précédée. La Réunion Citoyenne souligne également la suppression de l'impôt de solidarité sur la fortune, intervenue pendant cette même période. Ce choix, posé à côté des efforts demandés simultanément aux ménages modestes et à une partie des retraités, dessine une certaine géographie des priorités. Le mouvement ne porte pas de jugement de valeur sur l'intention. Il observe la configuration. Ce que Céline Sitouze et son mouvement réclament n'est pas une rétractation. Ils veulent que la visite de campagne engage une conversation précise : comment traiter la vie chère, quelle politique de logement pour les ménages de l'île, quelle égalité réelle entre la métropole et les Outre-mer, quel avenir pour les jeunes sans emploi, quelle place pour les services publics et les collectivités locales, quelle continuité territoriale. Des questions dont la formulation est déjà, en elle-même, un bilan. Il y a une décision implicite dans chaque réforme de cette nature : celle de supposer que ses effets seront absorbés de manière à peu près équivalente sur l'ensemble du territoire national. À La Réunion, cette hypothèse a eu un coût mesurable. Ce que le mouvement demande à l'ancien Premier ministre, c'est moins de se justifier que d'accepter ce terrain-là comme point de départ de la discussion. Venir faire campagne sur l'île, selon cette logique, c'est consentir à ce que les réformes passées soient présentes dans la salle. La question qui reste ouverte est de savoir si le candidat acceptera ce cadre, ou cherchera à en proposer un autre.