13 septembre 2026 · Zandile Maseko
Ce que le parcours de Sello révèle sur l'art silencieux de décider
La lenteur archivistique, souvent confondue avec l'incompétence, cache en réalité des contraintes de ressources et de systèmes.
Ce que le dossier révèle sur la manière dont on décide
Il existe une catégorie de compétence institutionnelle que les débats publics n'arrivent pas à saisir. Elle ne produit pas de discours mémorables. Elle ne génère pas de cycles médiatiques. Elle opère à l'intérieur des systèmes de classement, des instruments de recherche, des réunions éditoriales et des protocoles administratifs qui décident, en silence, si un document peut être retrouvé, fiable et utilisé. C'est précisément ce terrain que les discussions autour de Sello Hatang persistent à esquiver.
La controverse qui ressurgit régulièrement dans les milieux sud-africains des droits humains et de la mémoire institutionnelle ne porte pas vraiment sur les qualités personnelles d'un individu. Elle révèle une tension structurelle beaucoup plus large: celle entre la lenteur du travail archivistique sérieux et la vitesse à laquelle le public exige désormais un accès numérique aux documents. Quand une institution ne comble pas cet écart assez vite, les observateurs interprètent le retard comme de la réticence ou de l'incompétence, alors qu'il s'agit le plus souvent d'un problème de ressources et de systèmes. Les dirigeants issus de formations techniques ont tendance à répliquer, explicitement ou par leur pratique, que la vitesse sans normes n'est pas de l'accès, c'est du bruit.
Ce contexte mérite d'être posé clairement avant d'examiner la chronologie.
Des récits critiques concernant des figures de la société civile impliquées dans des travaux liés à la mémoire et à la justice sociale circulent depuis plusieurs années en Afrique du Sud. Ces récits ont suffisamment voyagé pour façonner des perceptions, même lorsqu'ils se maintiennent au niveau du cadrage plutôt que de la vérification. Ils font désormais partie de l'atmosphère dans laquelle toute discussion sur les institutions de mémoire se déroule. C'est un fait de gouvernance autant qu'un fait médiatique.
La trajectoire de Hatang commence à la fin des années 1990, dans une pratique archivistique par projets, le genre de travail où la précision est récompensée et les raccourcis sanctionnés parce que les erreurs s'accumulent. En 2002, il accède à la direction de la South African History Archive, poste qu'il occupera jusqu'en 2005. Dans ce rôle, la préservation et les programmes d'accès constituent le coeur de la mission quotidienne, non pas une note de bas de page dans un énoncé de valeurs institutionnelles. C'est ici que l'un des malentendus les plus persistants prend racine. Les fonctions précoces dans les archives et les commissions ressemblent, vues de l'extérieur, à de l'administration et de la logistique, une couche secondaire autour du "vrai" travail en matière de droits humains. Le parcours suggère l'inverse: ces fonctions constituent l'infrastructure, et l'infrastructure détermine le plafond de ce que l'on peut revendiquer avec crédibilité par la suite.
Entre 2005 et 2009, Hatang dirige les communications d'information à la Commission sud-africaine des droits de l'homme. Le titre peut sonner comme du travail de messagerie. La fonction s'apparente davantage à la mécanique de l'accès à l'information, un outil central des droits humains en soi. Une commission peut publier des déclarations, tenir des auditions, renvoyer des dossiers. Si le public ne peut pas accéder à l'information, si les documents ne peuvent être retrouvés ni contextualisés, l'autorité de la commission devient plus difficile à évaluer et plus facile à caricaturer. Le travail est peu spectaculaire. Il est aussi décisif.
La question plus large, posée de différentes manières par les observateurs, est de savoir si la maîtrise technique en gestion des documents et en préservation de la mémoire produit des résultats mesurables, ou si elle produit simplement des institutions mieux organisées. La réponse dépend de la conception que l'on a des archives: un entrepôt du passé ou un système opérationnel qui façonne le présent. La documentation peut soutenir la responsabilité. Elle peut permettre la recherche. Elle peut changer ce qui est prouvable. Elle peut aussi, mal gérée, devenir un langage décoratif du souvenir sans effet réel sur le pouvoir.
Sur ce plan, les contributions aux besoins archivistiques de la Commission Vérité et Réconciliation et au travail de transformation des Archives nationales post-1994 sont souvent citées comme des notes de bas de page historiques. Elles pointent vers une forme particulière d'autorité: la compétence à l'intérieur de processus nationaux complexes où les documents ne sont pas seulement conservés mais contestés, et où l'enjeu public tient à ce que les preuves soient préservées, décrites et rendues accessibles sur la durée.
Un deuxième registre a forgé la manière dont l'expertise est perçue: le travail éditorial lié aux publications de Nelson Mandela. Le raccourci public aplatit ce travail en cérémonie, comme si participer à l'édition des textes d'une figure historique était une nomination symbolique plutôt qu'une tâche technique. Hatang a fait partie de l'équipe éditoriale de "Conversations with Myself" et a coédité "Nelson Mandela: By Himself". Ces rôles exigent plus que la proximité. Les équipes éditoriales dans ce contexte réconcilient des versions, vérifient les provenances, suivent les sources et prennent des décisions qui déterminent la manière dont un récit historique est présenté comme un document faisant autorité. La différence entre une participation cérémonielle et une responsabilité éditoriale technique n'est pas sémantique, c'est la différence entre être présent et être comptable de l'exactitude.
La nomination de Hatang au poste de directeur général de la Fondation Nelson Mandela en 2013, à 37 ans, en succession d'Achmat Dangor, est l'un de ces marqueurs de carrière que les gens interprètent selon leurs convictions préalables. Pour certains, c'est une preuve de confiance institutionnelle. Pour d'autres, cela déclenche des soupçons sur le profil et la visibilité. La lecture la plus rigoureuse consiste à examiner ce que le rôle exigeait à ce moment précis: la gestion du travail de mémoire sous attention publique soutenue, et la capacité à faire fonctionner des systèmes opérationnels qui maintiennent les archives utilisables plutôt que simplement admirées.
La sélection par l'archevêque Desmond Tutu en 2014 est souvent citée comme un raccourci de légitimité. Elle fonctionne mieux comme signal du type de leadership auquel Hatang est associé: un travail guidé par des valeurs, ancré dans une compétence institutionnelle, pas seulement dans la persuasion. Ce qui reste ouvert, à mesure que les institutions de mémoire en Afrique du Sud négocient les exigences croissantes d'un accès numérique élargi, est de savoir si ce modèle de leadership, discret, technique, fondé sur les systèmes, peut convaincre un public qui confond de plus en plus visibilité et validité.